Exobiologie et Astrobiologie

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Voici quelques éléments de réponse à vos questions….

La première chose à savoir c’est que le terme exobiologie (ou astrobiologie) regroupe un grand éventail de spécialités : il y a des astronomes qui font des observations (ils ont souvent une formation de physiciens), des chimistes qui interprètent ces observations ou bien font des expériences de simulation en laboratoire pour comprendre les mécanismes chimiques qui ont permis l’apparition de la vie sur Terre, et passé un certain stade de complexité moléculaire, on passe de la chimie à la biochimie. Il y a aussi des géologues qui par exemple cherchent les plus anciennes traces de vie sur Terre, ou encore étudient la possibilité de l’existence passée d’un océan sur Mars en étudiant le relief présent de la planète et la composition des roches en surface, tandis que des microbiologistes s’intéressent à caractériser la vie sous toutes ses formes et en particulier les environnements dans laquelle elle est capable de se développer, et étudient les conditions limites dans lesquelles la vie a pu s’adapter. En fait, on n’est pas exobiologiste, mais chercheur avec une spécialité, dont le champ d’application en recherche relève de l’exobiologie.

Travailler pour l’exobiologie peut se décliner de la façon suivante :

En tant que chercheur :

Il est possible d’étudier la biologie, la chimie, la géologie, l’astronomie, la physique, la microbiologie etc. La science est fondamentale et relativement neutre. C’est l’objet auquel on applique telle ou telle étude qui détermine le caractère exobiologique de cette activité. Il n’y a pas de voie simple et royale. La plupart des laboratoires sont spécialisés en planétologie ou en géologie et font de l’exobiologie à l’occasion d’une découverte ou d’une mission. Certains chercheurs y travaillent depuis quelques dizaines d’années. Quelle que soit l’orientation que prennent les études universitaires, c’est le laboratoire où se fait la thèse ou les études post-doctorales qui donnent une orientation à la carrière et la couleur exobiologique à l’activité scientifique que vous menez.

Il n’y a donc pas de voie unique qui mène à l’exobiologie. Il vous revient de choisir une orientation et un type d’études qui puissent vous y conduire en saisissant les opportunités qui se présentent ou que vous saurez créer. Comme tous les domaines spécialisés cela demande du travail et de la persévérance. Les études scientifiques sont surement un atout, mais des journalistes ou des auteurs peuvent aussi contribuer par leurs productions d’œuvres de l’esprit (roman, films, articles…) à l’exobiologie et y trouver une terrain de satisfaction personnelle.

En tant qu’ingénieur :

Certains laboratoires et quelques industriels conçoivent et fabriquent en France et en Europe de l’instrumentation pour l’exobiologie. En ce qui concerne les laboratoires, ils fabriquent des instruments indifféremment pour la planétologie ou pour l’exobiologie. Par exemple, pour détecter et caractériser des exoplanètes ils doivent faire des instruments astronomiques comme des télescopes (spatiaux ou non).

Tous les corps de métiers sont mis à contribution: conception générale, mécanique, optique, thermique, radiocommunication, traitement du signal, traitement de l’image, programmation, spécialiste des matériaux etc.

Il n’y a pas vraiment au départ une spécialisation Exobiologique ou Planétologique. C’est en cours de formation que par une bourse de Docteur ingénieur ou autre on se retrouve dans un laboratoire spécialisé ou chez un industriel impliqué. Il ne faut cependant pas se faire trop d’illusions : il est difficile de penser que l’on fera ses 30 ans de carrière dans ce seul domaine. Il est possible d’y débuter, d’y passer car une opportunité se présente ou d’y entrer après avoir acquis expérience et connaissance au cours d’une vie professionnelle conséquente.

Dans tous les cas, une formation scientifique est un plus, et pour travailler dans le domaine scientifique ou le monde de l’ingénierie, l’anglais ne doit plus être pour vous une langue étrangère.  La qualité de votre expression française est aussi un gage de succès tant dans vos activités étudiantes ou plus tard dans les activités de vulgarisation que vous ne manquerez pas de mener quelle que soit votre activité dans cette discipline passionnante.


Voici quelques témoignages dont certains proviennent du site de Michel Babin :

François Raulin : L’exobiologie est un très vaste domaine dont les approches peuvent faire appel à des disciplines très variées, allant de l’astrophysique aux sciences biologiques et même aux sciences humaines. Un jeune passionné d’Exobiologie doit choisir parmi toutes ces approches celle qui correspond le mieux à ses gouts, à sa formation initiale déjà acquise et à ses capacités. Par exemple, après une licence à dominante Biologie, il me semble très difficile de suivre une filière de 2e cycle donnant accès à un master d’astrophysique, qui est une des disciplines de l’exobiologie en France. En revanche, il est possible de suivre un 2e cycle de biochimie ou de chimie en poursuivant sur une formation de master à dominante bio ou chimie incluant des aspects exobiologiques. Le Master Sciences et Génie de l’Environnement (UPD, UPEC, ENPC) en spécialité Air-recherche a pour thématique principale l’environnement terrestre. Il recrute surtout des chimistes (et quelques physiciens) et comprend des enseignements optionnels de planétologie/exobiogie en première et seconde année. Il forme 1 à 2 futurs thésards exobiologistes (au sens large) par an.

André Brack : L’exobiologie est une discipline très pluridisciplinaire qui va de l’astronomie à la biologie en passant par l’astrophysique, la planétologie, la géologie, la géochimie, la paléontologie, la minéralogie, la chimie et la biochimie. Actuellement, il n’y a pas de formation universitaire qui traite tous ces sujets sur un même site. Aussi est-il nécessaire de choisir une des filières suivantes en fonction de ses affinités :

  • les mathématiques et la physique, si l’on vise astronomie,astrophysique, planétologie
  • la géologie/minéralogie, si l’on vise l’étude de la vie fossile sur Terre et dans le système solaire
  • la chimie, si l’on vise la chimie de l’origine de la vie et la chimie planétaire
  • la biologie, si l’on vise l’étude de la vie terrestre dans les milieux extrêmes, la recherche d’un ancêtre bactérien commun, la vie dans l’espace.

La spécialisation “exobiologique” ne pouvant se faire qu’en fin de cursus universitaire, dans l’état actuel des enseignements.

Stéphane Hourdez : J’ai suivi un de ces cours d’exobiologie co-organisés par la NASA à Pennsylvania State University. Ca s’appelle Origine et évolution de la vie sur Terre … et sur d’autres planètes. On se base sur ce qu’on connait de la vie sur Terre et essaie d’envisager les possibilités sur d’autres planètes (comment détecter la vie et l’identifier). Ce qu’il en ressort est … qu’il n’y pas de formation spécifique à suivre !! L’exobiologie regroupe de nombreuses sciences que personne n’est capable de maitriser totalement à la fois. Il faut donc faire des choix : astrophysique, chimie, géologie, bactériologie, biologie (orientée environnements extrêmes), évolution moléculaire, paléontologie, etc … La formation de base est la même que pour n’importe qui d’autre. Il faut ensuite s’orienter vers des domaines d’exobiologie : recherche de planètes, chimie de l’origine de la vie, adaptations aux milieux extrêmes, métabolisme bactérien, évolution des organismes, etc …

Hervé Cottin (www) : Après un bac scientifique, j’ai obtenu l’équivalent actuel d’une licence de chimie, puis maitrise de chimie et un DEA de chimie de la pollution atmosphérique (qui comprend une option planétologie/exobiologie, cette formation est devenue le master SGE). Ainsi j’ai une formation de base en chimie de l’atmosphère. J’ai ensuite fait une thèse sur la chimie organique des comètes et après un an passé à travailler dans un laboratoire d’astrochimie à la Nasa aux USA, j’ai été recruté à l’Université Paris Est Créteil pour enseigner la chimie. En parallèle de mon travail d’enseignement, je travaille dans un laboratoire de recherche, toujours sur la chimie organique des comètes et du milieu interstellaire, ce qui entre dans le cadre de l’exobiologie car les comètes ont pu jouer un rôle dans l’origine de la vie sur Terre.

Céline Brochier (www) : Pour ce qui concerne la biologie, on peut dire que tous les chemins peuvent mener à l’exobiologie. Après une licence de biologie ou SVT, l’idéal est de suivre un master incluant les 3 fondamentaux suivants :
1) Evolution & phylogénie, car on ne peut pas comprendre et étudier l’apparition de la vie sans connaître les mécanismes qui sous-tendent l’évolution et les grandes étapes qui ont jalonné l’histoire de la vie sur terre.
2) Bioinformatique & génomique pour l’analyse des données biologiques.
3) Mathématiques & Statistiques.

Ces fondamentaux peuvent être proposés par différents masters de biologie, et donc s’inscrire dans des cursus de :

A)
Microbiologie : pour comprendre le fonctionnement et la diversité des communautés microbiennes ainsi que leurs interactions avec l’environnement.
B) Biochimie/Chimie : pour essayer de comprendre et de retracer l’émergence de la vie et les étapes ayant précédé l’apparition des cellules modernes.
C) Biologie cellulaire/Biologie moléculaire : pour comprendre comment a pu se produire l’émergence des premières cellules et des processus cellulaires.
D) Biologie évolutive : pour essayer de retracer et de modéliser l’histoire de la vie sur terre en se basant sur l’étude des organismes actuels. Ces formations intègrent en général les trois fondamentaux mentionnés précédemment.

Un biologiste intéressé par l’exobiologie pourra donc, en fonction de ses centres d’intérêt, s’orienter vers ces quatre types de masters, du moment que que l’offre dans les disciplines fondamentales mentionnées précédemment soit suffisante. Une orientation vers l’exobiologie se fera ensuite au travers des stages suivis.

 

En conclusion, il faut démarrer par des études de sciences générales, choisir la discipline qui vous intéresse le plus, puis au moment du master (lors du choix d’un stage), s’orienter vers l’exobiologie pour faire une thèse sur le sujet. Mais beaucoup de chercheurs rejoignent l’exobiologie bien après leur thèse…

Les débouchés sont donc principalement dans la recherche publique (CNRS, Université), car on peut facilement imaginer qu’il y a peu d’applications industrielles pour ce genre d’études. Par contre les outils de la recherche sont les mêmes que ceux de la discipline principale choisie (méthodes d’analyse en chimie par exemple), et rien n’empeche à priori une reconversion en cours de route.

En suivant ce lien, vous trouverez une liste de modules d’enseignements dans différentes universités qui concernent l’exobiologie.

Ici et ici, et , les portraits de jeunes doctorants en exobiologie qui racontent leur parcours.

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87 Réponses à “Vous vous demandez comment devenir exobiologiste ?”

  1. augustin bouget Says:

    Bonjour , je suis en 1ère S et je voulais vous demander quelle est la marche à suivre quand on a le Bac ? Où aller ? Quels établissements proposent des formations de biologie et lesquels propose les masters cités plus haut par Céline Brochier ? Merci d’avance

  2. admin Says:

    Bonjour
    Normalement, pour les formations de biologie mentionnées par Céline Brochier, une licence dans n’importe quelle université avec une mention Biologie ou SVT devrait vous permettre de rejoindre la formation qui vous intéresse le plus. A partir du L2, il y a parfois des options qui sont proposées et qui peuvent aiguiller votre parcours. Renseignez vous auprès des professeurs de votre université, et auprès des masters que vous pourrez avoir repéré dans votre université ou ailleurs. Il est tout à fait possible de changer d’université entre la licence et le master.
    J’espère avoir répondu à votre question.

    Hervé Cottin

  3. Jérémy Says:

    Salut Augustin,
    Comme c’est expliqué dans l’article, tu peux aller à peu près n’importe où ! Tu peux faire une formation d’ingénieur chimiste, de biologiste, n’importe quoi tant que tu as les fondamentaux de chimie organique, de mathématique, etc. Pour des domaines spécialisés de ce type, ton éventuelle thèse et ton expérience professionnelle seront plus déterminantes. Renseigne toi sur les groupes de chercheurs qui travaillent en exobiologie (du côté de l’ESA, il doit y en avoir quelques un à en croire l’instrumentation embarque à bord des sondes Philae et la future ExoMars 2020) et demande leur si ils prennent des stagiaires, d’où viennent ces derniers habituellement et les formations qu’ils favorisent.

  4. Fabian Says:

    Bonjour !
    Je suis en 1ere année de licence en biologie . Et je dois choisir des l’année prochaine une specialitée : 2B2M, BCP ou BOPE,
    Que devrais-je choisir d’apres vous ?
    Merci d’avance

  5. admin Says:

    Bonjour

    Nous ne pouvons pas répondre ici à une question aussi spécifique (d’autant que les acronymes des spécialités ne sont pas les mêmes dans toutes les universités).
    Posez vous d’abord la question du type de spécialité master qui vous intéresse, puis renseignez-vous auprès des enseignants de votre université pour savoir quel parcours local serait le plus adapté.

    Désolé de ne pouvoir vous répondre plus spécifiquement,

    Hervé Cottin

  6. RANA Aden Says:

    Bonjour,

    Je voudrais savoir quelle est le salaire d’un exobiologiste s’il vous plaît car après recherche personne ne donne de réponse en nombre seulement qu’ils gagnent approximativement le même salaire que les autres scientifiques.
    Merci d’avance

    Cordialement

  7. admin Says:

    Bonjour.
    Désolé d’avoir autant tardé à vous répondre. Un chercheur à l’université ou au CNRS, quelque soit son domaine de recherche, suit à peu près la même grille salariale. A l’université, le recrutement se fait au niveau “Maitre de Conférences”. Le salaire et son évolution est donné ici: https://fr.wikipedia.org/wiki/Ma%C3%AEtre_de_conf%C3%A9rences_(France)#R.C3.A9mun.C3.A9ration.
    Ensuite, en général au moins une bonne dizaine d’années ou plus après, il y a la possibilité pour certains chercheurs d’obtenir une promotion en tant que professeur des universités. Le salaire peut être trouvé ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ma%C3%AEtre_de_conf%C3%A9rences_(France)#R.C3.A9mun.C3.A9ration. C’est le même salaire pour les chimistes, les physiciens, mais aussi en droit, gestion, littérature… Au CNRS, c’est à peu près la même grille de salaire, sauf que le statut s’appelle “chargé de recherche” puis “directeur de recherche”.

    J’espère avoir répondu à votre question

  8. Sacha Says:

    Bonjour à vous.

    Je suis actuellement en 1ère S, j’aimerai faire un doctorat en astrophysique, puis une spécialisation exobiologiste. Pour cela je vise l’université d’Orsay à Paris, mais un point me freine : certains de mes professeurs me disent que pour la spécialisation de Terminale S (à savoir soit SVT, soit Physique, soit Maths), les trois choix s’offrent à moi mais que je serai plus intéressé par la spécialisation SVT si je voudrais devenir exobiologiste. Je voudrais alors avoir si oui, effectivement, je peux choisir parmi les trois spécialités ? Car j’ai peur de faire un mauvais choix par manque d’informations.

    Merci à vous et bonne continuation,

    Sacha

  9. admin Says:

    Bonjour.

    Tout dépend en fait du “type” d’exobiologie qui vous intéresserait. Par exemple, les chercheurs qui travaillent sur la détection et la caractérisation des exoplanètes sont avant tout des physiciens. Donc, si comme vous l’écrivez, c’est d’abord l’astrophysique qui vous intéresse, il est plus judicieux de choisir une spécialité en physique ou en maths, et suivre à l’université un parcours qui vous conduira vers un master dont l’une des spécialités est l’astrophysique. Comme c’est expliqué dans l’article ci-dessus, on ne devient pas “exobiologiste”, mais chercheur dans un domaine, avec tout ou partie de ses activités qui peuvent relever de l’exobiologie.
    J’espère avoir répondu à votre question.

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